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Face à l’impuissance apparente des institutions, les organisations féministes se mobilisent pour faire évoluer les mentalités et la loi.

Par Michel Enony
Pas moins de 274 féminicides enregistrés entre 2022 et mars 2026. Les données compilées par la société civile et relayées par les autorités témoignent d’une aggravation continue des féminicides au Cameroun. En 2022, 65 cas de féminicides ont été enregistrés. Deux ans plus tard, en 2024, le chiffre est passé à 77. La tendance s’est confirmée en 2025, avec déjà 49 cas enregistrés à la mi-année selon l’association StopFéminicides237. La majorité de ces crimes sont perpétrés par le conjoint, le compagnon ou un ex-partenaire intime de la victime.
L’affaire Diane Yangwo
Le 18 novembre 2023, Diane Yangwo, jeune professeure d’anglais et mère de trois enfants, succombe à l’hôpital des suites des violences infligées quatre jours plus tôt par son mari, Éric Bekobe. 18 mois plus tard, le 1er avril 2025, le tribunal de grande instance du Wouri rend un verdict qui plonge la nation dans la consternation. L’accusé, reconnu coupable, est condamné à cinq ans de prison avec sursis et à une amende de 52.000 Fcfa. « Voilà le prix d’une femme au Cameroun », s’indigne Clarence Yongo, la journaliste qui a médiatisé l’affaire Diane Yangwo. Le Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes) dénonce une « justice molle, non crédible et favorable aux féminicides ».

Face à l’impuissance judiciaire, les associations se sont mobilisées. Le collectif Stop féminicides 237, créé en 2023, recense les crimes et porte le combat à l’Assemblée nationale pour faire adopter une loi spécifique aux violences basées sur le genre. En mai 2025, une coalition d’Ong (Organisation non gouvernementale)a obtenu l’examen d’une proposition de loi devant la commission des affaires sociales. Leurs revendications incluent la formation des magistrats, la création d’un tribunal spécialisé, et l’inscription du féminicide dans le code pénal.Cependant, le projet de loi, élaboré en 2023, « sommeille dans un des tiroirs du ministère de la justice, sans aucune explication », déplore Adakou Apedo-Amah, présidente de l’association Womed. Plus inquiétant encore, les activistes féministes sont parfois taxées « d’agents de l’Occident » par la nouvelle pensée panafricaniste, compliquant leur travail de terrain.

Un premier forum national de lutte contre les féminicides a tout de même eu lieu en mars 2026 à l’université catholique de Yaoundé, preuve que la prise de conscience progresse. Mais les solutions, elles, se font toujours attendre.
